Castello del Sole Writer’s in Residence story: „Une meilleure version de la vie“ de Sibylle Berg

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The spa and logo of the luxury hotel Castello del Sole in Ascona

The spa and logo of the luxury hotel Castello del Sole in Ascona - the Hotel of the year 2012. Photo: GMC/Gerd Müller

Autor Sibylle Berg – Swiss Deluxe Hotels Writer in Residence: Ce qu’elle à écrit au Castello del Sole à Ascona l’Hôtel de l’année 2012.

C’était une lumière lourde, en automne, sur le lac. Difficile à supporter, presque absurde, à travers la légère brume, dorée, mais cela, on ne pouvait le dire à personne. Voyez comme la lumière est dorée, on ne pouvait dire cela à personne, d’ailleurs, il n’y aurait eu personne. Par-dessus la prairie semblant infinie glissaient des personnes vêtues de blanc, semblaient s’envoler vers un monde meilleur, disparaîtraient dans le contre-jour. Des enfants jouaient avec les ânes qui vivaient dans le domaine, même eux étaient silencieux, comme si le bruit n’allait pas avec la beauté régnant ici. La femme considérait tous les autres hôtes comme absolument adultes, différents d’elle qui était toujours restée sans âge pour ellemême, et pressentait pourtant qu’elle en faisait partie. Qu’elle faisait partie d’eux, de ces gens qui levaient leurs verres de vin rouge à la santé de leurs compagnons. Elle ne portait plus de robes qu’elle avait transformées avec des ciseaux à ongles, ne buvait à la santé de personne, il n’y avait personne, et un jeune n’aurait guère pu percevoir de différence entre elle et les autres hôtes du Castello del Sole, le jeune se serait détourné avec ennui, cela lui aurait été totalement indifférent si on lui avait dit que lui aussi serait vieux pratiquement du jour au lendemain et n’aurait alors sans doute pas les moyens de se payer le séjour dans un tel hôtel. Cela lui serait égal. L’hôtel n’intéressait pas les adolescents, il n’offrait rien qui aurait interpellé leurs nerfs surexcités, l’hôtel était doré. La femme était automne, elle avait abandonné, s’était rendue à l’âge, elle ne se mesurait plus à la génération après elle, elle avait fait sa paix. Presque.

Rolls Royce and other luxury cars in front of the luxury hotel Castello del Sole in Ascona.

Rolls Royce and other luxury cars in front of the luxury hotel Castello del Sole in Ascona.

Une fois par an, elle venait à Ascona, non pas parce que le lieu lui plaisait particulièrement, mais uniquement à cause de l’hôtel qui lui apparaissait comme une meilleure version de sa vie. Il la rendait triste et heureuse, sans pondération. Heureuse de savoir qu’il y avait encore des endroits parfaits, même s’ils étaient en voie de disparition, même s’ils étaient petits et se terminaient à la clôture. Triste parce que ce sentiment était si proche du bonheur, parce que sa vie n’avait pas été ainsi, aussi légère et exceptionnelle que cet endroit, et parce que, même si elle ne se sentait pas vieille, elle savait logiquement qu’elle ne serait plus infinie, son existence, dont elle n’avait rien fait de particulier. C’était en fin d’après-midi, l’odeur du feuillage sur le sol emplissait la pièce, la femme n’avait jamais pris la peine de contempler les meubles qui s’y trouvaient, ils étaient là, ne dérangeaient pas, aucun design ne s’imposait à elle, la porte de la terrasse s’ouvrit en glissant à la manière du cendrier d’une berline Jaguar comme il y en avait autrefois, lorsqu’il existait encore des fumeurs et que les gens ne faisaient pas de footing. Le sol du balcon était chaud sous ses pieds, qui semblaient ici seulement ne pas être douloureux.

The Spa of the luxury hotel Castello del Sole at Ascona.

The Spa of the luxury hotel Castello del Sole at Ascona.

Elle était assise et regardait la pelouse paraissant tondue aux ciseaux à ongles s’étendant jusqu’au lac situé loin en bas, qu’elle savait être là et qu’elle n’avait donc pas besoin d’aller voir. Cela sentait trop les peupliers là en bas, le petit kiosque, les chaises-longues et les cygnes étaient trop de beauté pour elle. Là-bas, elle se voyait trop nettement sans quiconque à qui elle aurait pu dire: c’est du kitsch, c’est trop. Sur le balcon, la douleur et la joie alternaient de la façon accoutumée. La tristesse que ce lieu n’était qu’emprunté, qu’elle devrait rentrer chez elle dans une ville qui changeait à toute vitesse sans lui avoir demandé son avis, lui faisait comprendre que tout continuerait si elle n’était plus là. L’alternative serait de ne pas venir ici.
De rester dans son appartement dans la métropole, avec la crainte de recevoir son congé, comme presque tous ses voisins, dont les maisons avaient été démolies et remplacées par de vilains immeubles pour jeunes gens gagnant bien leur vie. La femme n’avait aucune idée de ce qui advenait de tous les anciens voisins, s’ils couchaient quelque part sous un pont ou étaient stockés sous la terre. Ne pas venir ici, cela déclenchait une forte douleur au niveau du sternum, c’était comme si elle allait disparaître du monde si elle ne pouvait plus avoir sa semaine ici, pour laquelle elle vivait à présent, puisqu’elle n’avait pu trouver rien d’autre pour quoi la vie valait d’être vécue.

The garden restaurant "Tre Stationi" at the luxury hotel Castello del Sole in Ascona.

The beautifull garden restaurant "Tre Stationi" at the luxury hotel Castello del Sole in Ascona. Photo: GMC/Gerd Müller

La femme avait été surprise par l’âge, cela arrivait aujourd’hui où chaque journée comptait trop peu d’heures, elle avait manqué de créer une famille, n’avait pas acheté de maison, pas fait d’économies, rien atteint qu’elle aurait à présent pu contempler avec satisfaction. Elle avait toujours cru qu’il restait encore du temps pour cela, pour l’exceptionnel, pour les miracles. La femme avait espéré, et sa mise à la retraite l’avait profondément perturbée. Lors de son dernier jour de travail, dans une entreprise qui lui était restée totalement indifférente, elle avait emballé tout ce qui était resté de trente ans d’activité professionnelle. Une tasse à café et quelques cartes postales d’amis qu’elle n’aurait plus qualifiés d’amis depuis des années.

Ensuite, assise dans son appartement, regardant les nouveaux immeubles à l’affût devant, elle était restée perplexe. C’était donc cela, la vie qu’on lui avait toujours vendue comme un Grand Cadeau? Ce qu’il en restait, c’était une tasse à café et la vue sur les échafaudages. Elle avait décidé de fêter son entrée dans la masse grise des retraités, des non-productifs, des inutiles avec des vacances, espérant qu’elle découvrirait ainsi ce que l’on vendait comme les plaisirs de la vieillesse. Il y a cinq ans, elle était venue la première fois dans cet hôtel, et pendant le voyage de retour vers l’endroit où rien ne l’attendait, elle avait pleuré et s’était sentie déprimée.

The spa of the luxury hotel Castello del Sole in Ascona

The noble spa of the luxury hotel Castello del Sole in Ascona has it's own collection of fine beauty products. Photo: GMC/Gerd Müller

Sur la terrasse, on mettait le couvert, le soleil tombait, la femme quitta sa chambre. Elle était debout sur la pelouse, qui était humide, elle avait tout raté. Elle avait mené une vie si indécise, pensé que cela suffisait d’avoir un emploi sûr, un appartement dans lequel elle pouvait regarder la télévision le week-end. Elle n’avait jamais rien osé et ne pouvait donc même pas être amère, elle se sentait simplement lourde en bas près de l’eau, le sable était déjà frais, le sol jonché de feuilles de peuplier, elles paraissaient comme arrangées, le kiosque fermé comme un symbole de quelque chose qui ne lui venait pas à l’esprit. Du brouillard au-dessus de l’eau. La femme revient sur ses pas, longeant la terrasse, ce qu’elle économisait sur sa retraite suffisait pour une semaine de séjour, repas non compris. Elle s’inquiétait un peu chaque jour que l’on ne découvre son pain et son fromage et la renvoie de l’hôtel.

Aux tables des couples, de tous sexes, quelques parents avec des enfants adultes, bien habillés et d’excellente humeur, avec des dents impeccables et de bonnes manières, ils se portaient des toasts, personne ici n’était seul. La femme monta l’escalier, là où il n’y avait plus de chambres, au grenier. Elle ne voulait pas encore regagner sa chambre, voulait encore étirer un peu le temps, et découvrit la pièce comme cela arrive lorsqu’une porte que l’on croyait fermée se laisse soudainement ouvrir. Derrière de vieux tableaux et cadres de lits, la petite porte était cachée dans le mur, derrière elle une chambre, pas démesurément poussiéreuse, avec un lit, une armoire remplie de vêtements d’une autre époque et une grande fenêtre avec vue sur la pelouse jusqu’au lac, lorsqu’il ferait à nouveau clair, on pourrait le voir, la pièce était, comme tout dans cet hôtel, parfaite dans son agencement et son rayonnement. Une pièce comme une personne aimable et chaleureuse qui vous invite à tomber dans ses bras.

Nice ambiance at bar of the luxury hotel Castello del Sole at Ascona.

Nice ambiance at bar of the luxury hotel Castello del Sole at Ascona. Photo: GMC/Gerd Müller

Lorsque les employées spécialisées, car les appeler femmes de chambre ne correspondrait sans doute pas à leur qualification, pénétrèrent le lendemain matin dans la chambre de la femme, ses bagages et une parure de lit avaient disparu. Elles signalèrent son départ au directeur de l’hôtel, qui haussa intérieurement les épaules. Il connaissait chacun de ses hôtes et avait eu des doutes quant aux possibilités financières de la femme. Dommage, pensa-t-il, si elle avait demandé, on aurait pu trouver une solution. Quelques minutes plus tard déjà, l’incident était oublié, dans l’hôtel, des personnes vêtues de blanc s’élançaient sur la pelouse, le lac embaumait, la lumière du soleil était mélancolique, prenant lentement congé de cette partie du monde.

La femme était assise sur son nouveau lit dans son nouveau domicile, si cela dépendait d’elle, ce serait le dernier qu’elle habiterait jamais. Il n’avait pas fallu grand chose pendant la nuit, un peu de nettoyage, quelques fleurs, pour faire paraître la chambre comme quelque chose qui avait atterri dans une capsule d’un autre temps. La grande fenêtre arrivait jusqu’au sol, la pièce était une extension de la nature maîtrisée, le soleil était laiteux, la femme était heureuse. Je n’irai plus nulle part, marmonna-t-elle pour se donner du courage, vous entendez, je n’irai plus nulle part, et il lui sembla que l’armoire lui faisait un signe d’assentiment. Vers deux heures du matin, car elle connaissait les phases REM, la femme se rendit à la cuisine, elle ne vola que peu de chose pour que cela ne se remarque pas, emporta quelques fleurs, des livres de la bibliothèque, à l’insu de la réceptionniste, et pour la première fois dans sa vie consciente d’adulte, la femme avait du courage. Cela en valait la peine, de désobéir, de fonctionner autrement qu’attendu, c’était récompensé.

Grand Cru: The giant private hotel park of the luxury hotel Castello del Sole

Grand Cru: The giant private hotel park of the luxury hotel Castello del Sole. Photo: GMC

Depuis cet automne, la femme vit au grenier du Castello del Sole. Rarement, des hôtes prétendent avoir vu une femme vêtue à la mode d’autrefois la nuit sur la pelouse, sans doute un fantôme, car il y en a dans cette région de la Suisse, des fantômes de dames distinguées et heureuses, et de temps à autre, le chef de cuisine remarque qu’il manque certaines victuailles. Sans doute que le directeur de l’hôtel soupçonne la présence de la femme au grenier, mais c’est un homme aimable, il sait que cela vaut la peine de faire le bonheur d’autrui si cela n’exige pas une grande distorsion du caractère personnel. La femme vit encore à l’hôtel, en hiver, après le départ de tous les voyageurs, elle veille sur la maison, allume le chauffage lorsqu’il fait trop froid, colmate les joints des fenêtres et met les renards en fuite. Elle ne s’est plus jamais demandé à quoi avait servi sa vie, car à présent, dans les dix ou peut-être vingt dernières années, elle s’est réalisée, la Grande Promesse que personne ne lui avait jamais faite.

Castello del Sole,

Via Muraccio 142,

6612 Asona/TI

Tel. 091 791 02 02,

info@castellodelsole.ch,

www.castellodelsole.ch

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Über Gerd M. Müller

Der Zürcher Foto-Journalist Gerd Michael Müller gründete vor 20 Jahren die Presse- und Bildagentur GMC Photopress. Müller arbeitet seit über 25 Jahren in der Tourismus-, Medien- und Kommunikationsbranche. Er hat über 1000 Publikationen und Reisereportagen in renommierten Medien veröffentlicht (u.a. «Welt am Sonntag», «FAZ», «FACTS», «Weltwoche», «SonntagsZeitung», «Globo», «Animan», «Reisen & Kultur-Journal», «FAZ», «Spiegel», «Süddeutsche Zeitung») und darüber hinaus auch für hochkarätige Spa- and Travel-Magazine wie «Relax & Style», «Tourbillon», «Excellence International», «World of Wellness» und «Wellness Live» gearbeitet. GMC Photopress besitzt ein umfangreiches Bildaurchiv mit rund 250'000 Bildern aus über 80 Ländern zu den Themen Lifestyle, Luxus, Beauty & Spa, Kultur, Touristische Highlights, Natur, Landschaft, Wildlife, Umwelt, Humanitäres und Soziales.
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